
LA SITUATION ALIMENTAIRE EN HAITI
HOTEL EL RANCHO LUNDI 28 JUILLET 2008
Cher frère Président,
Chères sœurs et frères rotariens
Le rotarien ne devant jamais refuser une mission de son club, j’ai accepté promptement d’introduire la conférence de ce soir sur la situation alimentaire en Haïti. Au plan de ma mission professionnelle en Haïti, je ne pourrais non plus m’y dérober même si je n’ai que 7 mois de présence dans le Pays et je n’ai visité à ce jour que 6 des 10 départements géographiques. Je sollicite par avance votre indulgence pour me limiter à une introduction générale du sujet et me faire compléter par les acteurs nationaux de la chaine alimentaire présents dans cette salle (Exploitants agricoles, Industriels, nutritionnistes et Hauts responsables du secteur Public et Prive).
Le frère Président en qualifiant dans sa circulaire de thème de brulante actualité, la situation alimentaire, m’oriente dans cette introduction pour vous entretenir brièvement de la sécurité alimentaire, le meilleur moyen de qualifier une situation alimentaire d’un Pays. La définition unanimement acceptée de la sécurité alimentaire dit ceci « La sécurité alimentaire existe lorsque tous les habitants ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive, leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active».
Pour notre propos, nous allons retenir les mots clés : disponibilité et accessibilité sans vouloir négliger l’innocuité qui est la qualité nutritive des aliments et l’utilisation qui est la traduction en termes d’état nutritionnel et de santé, donc la finalité même de l’alimentation.
La disponibilité. Il ya des aliments en grande quantité en Haïti ( Mais, sorgho, riz, légumineuses , racines et tubercules, bananes, produits laitiers, viande et abats, produits avicoles, produits halieutiques et produits forestiers) en quantité suffisante avec les importations prédominantes notamment du riz et du blé (55 à 57 %) des besoins de 1.800.000 Tonnes d’équivalent céréales , les aides alimentaires comprises. La production locale couvre 43 à 45% du fait des contraintes pesant sur la production nationale. C’est une situation nouvelle qui remonte a moins de trentaine ans et ce n’est pas une fatalité, elle peut être inversée.
L’accessibilité, elle est physique (à travers les infrastructures routières, de conservation, de stockage et de marché) et économique (le pouvoir d’achat). Avec le territoire national aux 2/3 montagneux, l’enclavement des zones de production et l’état du réseau routier, le pouvoir d’achat des populations et la crise alimentaire mondiale actuelle ont rendu la situation difficile pour un grand nombre de la population haïtienne.
Selon les dernières publications de la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire , une insécurité alimentaire chronique s’est établie, elle touche 40% de la population, avec 6 % de malnutrition aiguë et 24% de malnutrition chronique chez les enfants de moins de cinq ans.
Avec les politiques de désengagement des Etats et des Institutions financières du secteur agricole, traduites par des investissements insuffisants, plus d’énormes subventions des agricultures des Pays développés et émergents, la production agricole per capita en Haïti s’est réduite de 25% en termes réels par rapport a 1995 et les importations totales ont plus que doublé.
Pour tout compliquer, le monde fait face aujourd’hui à une crise alimentaire née d’une combinaison de facteurs liés principalement aux changements climatiques, à des niveaux de stocks céréaliers mondiaux particulièrement bas, à une consommation croissante de viande et de produits laitiers dans les économies émergentes (Chine, Inde), une demande accrue pour la production d’agro carburants (USA, Brésil) et à un coût élevé de l'énergie et du transport.
Tous ces facteurs ont entrainé la flambée des prix des denrées alimentaires au niveau mondial, de 45 % au cours des neuf derniers mois - un niveau jamais atteint depuis plus de 30 ans. De sérieuses pénuries de riz et de blé s’observent sur le marché mondial. Certains gouvernements ont pris des mesures à court terme (restriction des exportations) qui aggravent encore l’instabilité sur les marchés mondiaux. Parallèlement à cette augmentation des prix alimentaires, les prix des intrants agricoles ont fortement progressé sur le marché international. Le prix des engrais a ainsi été multiplié jusqu'à trois fois entre janvier 2007 et janvier 2008.
Selon l’Institut Haïtien des Statistiques et de l’Informatique, les données sur la pauvreté et les inégalités révèlent qu’en 2001, 56 % de la population vivait en dessous du seuil de pauvreté extrême de 1 dollar des EU /Personne et par jour et 75% de la population au dessous du seuil de pauvreté de 2 dollars par personne et par jour. Le milieu rural serait plus affecté avec 88 % de pauvres. La Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire estime à 500.000, le nombre de ménages vulnérables vivant surtout dans les mornes
Face à cette situation, en milieu rural, les ménages combinent différentes stratégies en fonction des ressources de base dont ils disposent et de la gravité de la situation y compris des stratégies de survie (coupe abusive du bois et carbonisation) qui ont des effets négatifs à long terme sur l’environnement et donc le capital physique et naturel du Pays.
Des ajustements importants touchant parfois la structure des repas sont opérés pour faire face à la crise en milieux urbain et rural.
Une relation de cause à effet évidente existe entre la sécurité alimentaire et la pauvreté. C’est un facteur aggravant de la vulnérabilité.
Chers sœurs et frères rotariens,